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Georges Lebouc, Des rues et des hommes à Bruxelles, éditions Racine, Bruxelles, 2008
En soi, c'est une bonne idée: nous dévoiler qui se cache derrière les noms, parfois bien méconnus, de ceux (rarement, de celles) qui ont mérité une "plaque" de rue.
Un premier constat: ce livre existe aussi parce que nos plaques oublient totalement de signaler de qui il s'agit, lacune que l'ouvrage cherche à combler en identifiant toute une série de noms et en dressant un rapide portrait, en leur donnant une histoire, bref une chair. L'avenue Molière, cela dit quelque chose, mais le clos André Rappe ou pire, la rue Dupont ?
Deuxième constat: le titre de l'ouvrage (mais est-ce voulu ?) parlent des hommes : la moitié de Bruxellois, c'est-à-dire les femmes, ne semblent guère mériter d'être "sur une plaque". Outre un indiscutable machisme, cela est dû au type de choix qui préside généralement à l'octroi de cette distinction honorifique: politiques, avocats, scientifiques, militaires, ecclésiastiques, artistes, propriétaires (un des plus sûrs moyens de laisser son nom à jamais sur une plaque bleue est de posséder du terrain! On ne compte plus les propriétaires qui ont laissé leur nom pour l'éternité (?) parce qu'ils possédaient un lopin de terre et que l'on pouvait bâtir dessus, nous dit Georges Lebouc. Nous ne citerons en exemple que Brugmann, George Henri ou Orban et même le déjà cité Dupont...). Pour être une femme distinguée, il vaut mieux avoir été préalablement fusillée par les Allemands comme Gabrielle Petit ou Edith Cavell; ou alors, elles doivent être déjà canonisées, comme Alix (oui, une femme), Anne, Catherine, Elisabeth, Marie, Thérèse mais là aussi elles sont écrasées par le nombre de mâles sanctifiés et puis, tout cela n'est pas très bruxellois(e). Heureusement pour l'honneur de nos compagnes, il y a la commune de Jette qui plaquifie, dans un nouveau quartier, le nom de grandes actrices de cinéma: Marilyn Monroe, Marlène Dietrich, Simone Signoret, Ingrid Bergman ou Audrey Hepburn, pas vraiment du coin non plus mais il serait quand même temps que les Bruxellois se manifestent.
Troisième constat: vaut-il mieux être déjà dans la tombe pour augmenter ses chances ? Pas nécessairement mais c'est préférable. L'anecdote rapportée par l'auteur sur la proposition de donner le nom de Van Meenen, toujours bien vivant, à une place de Saint-Gilles, mérite une lecture amusée, celle du compte-rendu du conseil communal du 10 décembre 1896 (pp. 12 et 13). Carton de Wiart s'était en effet inquiété: Cette proposition, faite si brusquement, m'a causé un moment d'inquiétude. Je me suis demandé si M. Van Meenen était mort. Serait-ce depuis lors que le fait soit devenu à ce point rarissime ?
Ce livre est d'une lecture parfois ardue quand il aligne des listes de noms mais pour qui est en quête de mieux connaître sa ville, la piste des plaques une fois identifiées présente pas mal d'intérêt. Et puis, il y a derrière ces dénominations, des pages d'histoire, le plus souvent locale, son principal mérite. Quelques bizarreries à signaler, comme lorsque l'auteur, dans ses annexes, cite, par exemple, Christian D'Hoogh comme bourgmestre "actuel" d'Anderlecht ou le très controversé Jacques Vanden Haute, maïeur de Woluwe-Saint-Pierre (voilà qui doit faire plaisir à Willem Draps et à Vanden Haute, mais pas pour le mêmes raisons.) Quoiqu'il en soit, un bon livre de référence pour tout curieux de la vie bruxelloise.
Tout ceci avec des textes écrits par les plus grands : Virgile, Roger Kervyn et un inédit de Jean d'Osta.
Jean-Pierre Vanden Straeten
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